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Ils sont ici !
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"Pendant que j'écris, je regarde ma montre posée sur la table [...]. Je vois l'aiguille des secondes sautiller à cloche-pied, circuler, circuler, et je trouve que c'est en miniature le portrait de la vie ordinaire des hommes. Mieux qu'un portrait : une idée réconfortante du temps. On ne sait pas ce qu'est le temps. Il est sans doute un flux continu invisible (une simple image pour comprendre ce que je dis), mais l'invention des montres qui avancent par petites secousses a introduit dans ce flux des paliers minuscules, des pauses ultra-brèves qui, dans leur succession et dans celle des sauts dans le vide suivant, nous donnaient l'impression rassurante que le temps est une somme, l'addition de temps successifs qui, à cause même de l'infinitude des nombres, nous promettaient l'éternité. Mais les montres modernes, électriques ou électroniques, nous font retrouver l'angoisse engendrée par les sabliers : comme avec le sable, le temps s'y écoule sans pause, sans répit, sans aucun palier où l'on puisse se reposer durant un très bref instant." |
José Saramago, Manuel de peinture et de calligraphie
Je revois très précisément ce passage, en effet.
C'est sa légère oscillation qui m'a toujours intéressé, comme autant de coups d'arrêt débitant non sans remords chaque moment osant s'avancer.
Du coup, le pont entre le sablier et le cadran numérique prend du sens, car on y perd en effet cette persistance rétinienne qu'offre l'aiguille des secondes.
Ainsi grâce à Saramgo littérature suscite littérature : tu en parles bien, toi aussi ! J'ai beaucoup aimé ce roman que je viens de finir, le narrateur est un type qui s'essaie à la littérature, et Saramago parvient à lui faire écrire l'essentiel de ce dont il parle, non pas malgré sa maladresse mais grâce à elle, car il avance tellement précautionneusement qu'il évite les clichés et finit par dire des choses très neuves et surprenantes.